Taverne sur le Square

C’est bien connu dans le monde de la restauration, le mois de mars est sans contredit, la période la plus difficile de l’année. Non pas physiquement où tous serveurs, sommeliers, hôtesses et cuisiniers appréhendent le « coup de fouet »; ce moment où la salle est pleine et que les commandes affluent les unes après les autres.

Je parle d’un mois de mars où la difficulté est au niveau psychologique. D’abord nous avons les restaurateurs qui redoublent d’efforts en utilisant les moyens d’aujourd’hui peu chérants – bonjour les réseaux sociaux —, afin de bricoler un spécial ou d’innover une offre, dans le but de faire sortir les Montréalais de leur maison douillette pour vivre « l’expérience » du moment. Puis, il y a les chefs. Pauvres chefs ! Encore en train de travailler le céleri-rave, la carotte, le navet… Pour le 4emois consécutif, rêvant de voir arriver les premiers bateaux de pêche aux crabes de la Côte-Nord ou de la Gaspésie, annonçant enfin le printemps.

Malgré cette cruelle réalité, le client lui, ne voit rien de tout ça. Il réserve simplement au restaurant qu’il aura longuement « magasiné », pour passer une soirée inoubliable avec un être cher, comme il se le permet une ou deux fois par mois. Ledit restaurant ne doit surtout pas faillir à sa tâche de faire de cette soirée de grisaille, un moment mémorable pour chacun des clients. Si j’avais à nommer quelques établissements où le « coup sûr » est presque certain, je dirais entre autres L’Express, Le Leméac, La Chronique, Le Renoir ou ma plus récente découverte, la Taverne sur le Square.





Situé dans Westmount – à même le complexe immobilier historique pensé par le célèbre architecte Ludwig Mies Van Der Rohe —, la Taverne sur le Square est un de ces restaurants où l’on peut multiplier ses visites, sans s’en lasser. Que l’on sélectionne des plats à travers leurs classiques – allant du tartare de saumon au mac’n’cheese —, leurs plats principaux de poissons ou de viandes de qualité irréprochable (notons des arrivages de saumon Ora King et de bœuf Wagyu), de leur menu du jour suivant le fil des saisons ou encore pour choisir les mêmes pâtes à chaque occasion (aucun jugement ici, puisque moi-même je pourrais manger les pappardelles au confit de veau et aux champignons tous les jours), chaque soirée sera notable.

D’abord, par un accueil des plus chaleureux et professionnel qui soit, on nous conduit, à travers une clientèle majoritairement anglaise, vers notre table. Un petit tour d’horizon pour remarquer le décor de brasserie française, mais tout de même moderne. Le bar typique brasserie y est, les longues banquettes d’un ton brun chic aussi, sans oublier les tables nappées blanches. Il faut dire que l’endroit a été mis au goût du jour l’année dernière.

Passons aux choses sérieuses : Qu’est-ce qu’on boit à la taverne ? Des cocktails certes, mais difficile de passer à côté de l’impressionnante carte des vins, dont j’ai passé quelques minutes à feuilleter le folio — somme toute bien clair, classé selon le pays de provenance et les cépages. Raisonnable comme je le suis, un seul verre de vin italien (13$) suffira pour la soirée. Si vos intentions ne sont pas les mêmes, sachez que vous aurez l’embarras du choix, dont plusieurs bouteilles débutent au prix très raisonnable de 45$.





Au menu maintenant, malgré une carte changeante au fil des saisons, on apprécie d’avoir un menu du jour, signe que l’équipe aime s’amuser en cuisine en laissant place à la créativité avec des ingrédients des plus frais. J’ai d’ailleurs trouvé leur carte assez éclectique : classiques français par ici, inspirations italiennes par-là… Il y en a vraiment pour tous les goûts, et on aime.

Bien que les plats du menu du jour semblaient tous alléchants, j’ai décidé d’opter pour quelques classiques de la maison. En entrée donc : crostini de champignons, choux de Bruxelles à la plancha, puis chou-fleur rôti au curcuma complétaient nos trois choix.

D’abord le premier, le ragoût de champignons servis sur un pain au levain légèrement grillé et tartiné de fromage burrata, auquel le chef a majoré de quelques feuilles de choux de Bruxelles grillées, lanières de courges et parsemées de parmesan et de poudre de porcini. Ça fait drôlement beaucoup d’ingrédients pour une tartine, je vous l’accorde. Trop de flafla par contre ? Je n’ai pas trouvé. Tous les ingrédients s’agençaient à la perfection ; la sucrosité des courges, l’amertume des choux de Bruxelles, le goût lacté et l’onctuosité du fromage, la richesse des champignons… Un coulis bien discret de vinaigre balsamique a été ajouté pour l’acidité. Malgré le manque de « crust » du pain d’un crostini habituel, je me satisfais à dire que c’était davantage une tartine. Un ou l’autre, moi et mon comparse sommes régalés.

Choux de Bruxelles à la plancha (cuit sur une plaque et non rôti au four), pommes et noix de Grenoble. Le légume mal-aimé est fondant et laisse au passage son côté brûlé qu’on aime tant. La pomme Granny-Smith donne son coup de fraîcheur, tandis que les noix nous rappellent l’aspect très terre du plat, très réussi.

Chou-fleur rôti au curcuma, labneh (spécialité libanaise qui se trouve à être du yogourt que l’on égoutte, afin d’avoir une texture riche et crémeuse), noisettes, coriandre, cumin, sésame. Nonobstant du chou-fleur un brin mollasque, les saveurs nous transportaient au Moyen-Orient et réveillaient à souhait nos papilles pour ce qui nous attendait.



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Une photo qui ne rend pas honneur à ces pappardelles



En résistance, tandis que j’ai opté pour les pappardelles au confit de veau, champignons et tomates, les pommes de terre aligot accompagnant le steak « New York » ont séduit mon camarade.

Lorsque je mentionnais plus haut que je pourrais manger ces pappardelles tous les jours, je ne blaguais pas. Ces pâtes – faites à la main s’il-vous plait —, sont garnies généreusement d’un effiloché de confit de veau, sans parler de la non-timidité des champignons, pouvant plaire aux plus maniaques de fongus de ce monde (moi). Ce plat atteint son apogée de réconfort lorsque la richesse du parmesan atteint le palais et que la chaleur de l’huile piquante frôle la gorge. Fabuleux.

Steak « New York », pomme de terre aligot. Tel qu’inscrit mot à mot sur le menu, c’est exactement ce qu’il y a dans l’assiette ; rien de plus, rien de moins. Cela ne confère rien à l’assaisonnement parfait de la viande, ainsi qu’à sa cuisson frôlant la perfection de 45 secondes de trop, selon moi. L’aligot ? Onctueux, riche, décadent… Excellent.

Enfin, de la même manière que nous nous sommes laissés conduire par l’hôtesse en début de soirée, nous nous sommes laissés guider par notre serveuse pour la note sucrée de la soirée. La Key lime pies s’avère être très bonne et appréciée avec sa garniture aérienne et légère. Dommage que la croûte manquait de texture et de rigueur. Puis, pouding au pain avec brisures de chocolat, coulis de caramel et crème anglaise. Rien de miraculeux ici, mais bon et réconfortant.

 

La Taverne sur le Square est là pour rester. Notre soirée n’avait pas du tout l’allure d’une soirée triste de mars, notamment grâce à un service formidable et à une nourriture impeccable, résultant d’une belle équipe qui, chaque jour, travaille main dans la main afin d’offrir ce qu’il y a de meilleur à leurs clients. Voici sans doute l’une des pièces du puzzle de l’histoire Comment-survivre-au-mois-de-mars.



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Photo laissant à désirer d'un steak et aligot bien exécutés





Taverne sur le Square

 

On s’en tire pour combien : Le soir, comptez facilement une soixantaine de dollars, excluant les consommations, taxes le service. Une trentaine de dollars pour le lunch.

On y va quand : Lundi au vendredi pour le lunch, lundi au samedi pour le souper.

http://www.tavernonthesquare.ca

Instagram: @TaverneSquare

1 carré Westmount, Montréal

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