Parfois on les oubli, parfois ça ne colle pas exactement à ce que l’on recherche, mais bien souvent, en plus de cocher tous les éléments que l’on recherche, permet de diminuer la charge sur le portefeuille : je parle des restaurants apportez-votre-vin.
J’ai mentionné que parfois on les oubliait, mais c’est peut-être moi aussi qui n’ai pas l’habitude d’analyser et de magasiner ce type de restaurant. Ou bien, même si je ne suis pas une personne qui boit beaucoup, je dois dire qu’un des plaisirs lorsque je vais au restaurant est de découvrir quelques très beaux pinards nature pleins de personnalité d’une petite maison en Autriche, ou en Italie, que le sommelier ou la sommelière aura savamment déniché.
Cela étant dit, les restaurants AVV sont tout aussi d’adon si vous avez une belle cave à vin ou avez déniché vous-même une bouteille et n’avez pas les habiletés en cuisine pour rendre honneur au vin, ou n’avez simplement pas l’envie de cuisiner.
L’année dernière, Les Mômes a ouvert ses portes dans le quartier Villeray. Il a rapidement séduit le quartier et les épicuriens.nes, puisqu’il a fait partie de la grande liste des nommés pour le prix Meilleurs Nouveaux Restaurants par EnRoute Air Canada. Il faut dire que le chef, Yoann, est un gars de talent. Quand on le regarde travailler, tout semble facile. D’une certaine nonchalance on le voit arroser son poisson bien comme il faut avant de le terminer sur le grill japonais. Il veille à la cuisson des spaghettis maison « 3 minutes ! », avant de les terminer dans un bain de crème d’oursin.
Il est bien propriétaire d’un AVV de quartier, mais il a fait ses classes dans de grandes maisons Étoilés Michelin et Palace, notamment chez Anne-Sophie Pic.
Nous nous installons sur le bord de la fenêtre avec notre petite bouteille de cidre cette fois-ci. On est en plein milieu d’une grosse semaine, la sagesse est de mise.
Menu découverte 3 services à 80$ ou menu dégustation 6 services à 95$ sont les choix les plus attrayants. Nous y allons pour la découverte, avec un petit extra en apéro dont je rêvais depuis l’avoir mangé pour la première fois au restaurant Fantôme : le sandwich beurre de peanut-confiture et foie gras. Parce que je n’ai pas dit, mais Yoann a aussi travaillé pendant plusieurs années aux côtés du chef Jason Morris au restaurant Fantôme, avant de se rendre au Pastel pour reprendre les rênes et devenir cheffe de cuisine. Et ce fameux sandwich du Fantôme avait littéralement fait le tour du Canada… C’était une folie.
Alors petit clin d’œil, il a décidé de refaire exactement le même étagé : pourquoi changer la recette gagnante ? Ayayaye. Le pain grillé fait planer les parfums de bar à pain au Pacini. On croque et BAM : le ratio parfait du foie gras, la petite pointe de sucré de la confiture de fraise, le beurre d’arachide qui s’émulsionne à travers de petit party d’umami. Que c’est bon.
En même temps, on nous emmène l’amuse-bouche pour patienter l’entrée : cette journée-là c’était un arancini à la coque très croustillante, d’aubergine fumée. Délicieux.
En entrée : une déclinaison de courge annonciatrice de l’automne, mais qui nous garde les pieds dans l’été qui ne semble pas vouloir s’arrêter : il y a la courge spaghetti dont la chaire est bien assaisonnée et al dente, la courge butternut en pavé dans le fond de l’assiette, une purée faite avec les parures de la courge, quelques traits de pesto de courge ici et là, puis au centre, une juste quantité de fromage ricotta. C’est frais, c’est goûtu, ça fait vraiment plaisir. La pointe de vinaigrette que le chef ajoute à la toute fin est signe d’une réelle compréhension du plat : elle était nécessaire et décuplait les saveurs. Bien joué.
De l’autre côté, un crudo de doré marié à de l’aubergine fumée, avec une sauce ponzu-yuzu. Audacieux de marier un poisson cru à chair blanche avec une aubergine fumée qui prend beaucoup d’espace en enveloppant les papilles de ses arômes de feu et d’amertume, mais avec la sauce ponzu qui accentue les saveurs de ses notes salées et acidulées, on comprend mieux l’approche. J’ai trouvé un léger manque de rondeur, mais on se régale quand même.
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Pause avant les plats principaux, le chef décide de nous envoyer une petite assiette de spaghetti à l’encre de seiche à la crème d’oursin, celui-ci disponible dans le menu découverte. Ouf… Ces spaghettis, c’est du spectaculaire ! Les pâtes qui rebondissent sous la dent sont exactement ce que l’on recherche d’une pâte fraîche. Celles-ci sont simplement par.faites. Avec la crème d’oursin qui glisse sur les spaghettis et qui enrobe les papilles, la pointe d’huile d’aneth qui vient juste vibrer le tout. S’il est au menu, faites-vous le devoir de les prendre.

Le service va de bon train, la salle est comble. Les voix prennent parfois le dessus sur la musique kitsch année 80. La dame de 75 ans semble avoir autant de plaisir que la table de jeunes dans la début trentaine. Des amateurs de vins dans le coin avec leurs grosses quilles (au pluriel)… C’est ce que j’appelle une belle ambiance de restaurant de quartier !
La suite. Gnocchi de polenta avec guanciale et choux de Bruxelles, filet de veau avec garniture de légumes racines.
On attaque. Ici, les gnocchis de polenta sont un grand classique au menu. Avec le bœuf Wellington, ce sont deux items qui n’ont pas lâché le menu depuis jour 1. Ils sont simplement apprêtés différemment selon les ingrédients du marché. Le mois d’octobre étant à nos portes, les gnocchis ne sont pas encore en habit d’hiver, mais presque : cubes de guanciale, choux de Bruxelles. Même si on aime la texture un peu ferme des gnocchis, j’ai trouvé trop monotones côté saveurs, et l’excès de poivre camoufle toute subtilité. Un plat qui, pour moi, n’est pas abouti et pas à la hauteur des talents du chef.
Le filet de veau par contre, sublime. Le jus est absolument fantastique. Les deux beaux médaillons parfaitement cuits sont accompagnés de deux purées : la première aux carottes et la seconde au panais, des carottes rôties al dente, quelques oignons cipollini fondants. Ce plat caresse, nous flatte dans le sens du poil… Des techniques maîtrisées, des cuissons justes, des assaisonnements à point. Rien à dire.
En desserts, nous optons pour le fondant au chocolat pour la gourmandise, puis une variation du dessert Vacherin à l’ananas pour la fraîcheur.
Le fondant est effectivement très… Fondant, laissant un cœur coulant façon nutella et servi avec un petit verre de lait à la cardamome : j’adore. J’ai toutefois trouvé que l’appareil à gâteau goûtait un peu trop l’œuf.
Le vacherin, quant à lui, laissait planer des airs de plage avec les ananas, la crème anglaise à la vanille, la ganache noix de coco, le sorbet à la lime… Pas trop sucré, super bon.

Au terme de cette soirée, je peux facilement recommander Les Mômes pour les gens qui souhaitent dépoussiérer leurs bonnes bouteilles, souhaitant pleinement en profiter sans avoir à se tracasser sur la nourriture. La carte est relativement conservatrice et très maîtrisée. Ce n’est pas l’endroit où vous expérimenterez des saveurs funky qui vous feront sortir de votre zone de confort.
Et je le redis, le chef Yoann est un cuisinier très, très talentueux. Vous pourrez ainsi y aller conscience libre..
Côté service, on est du côté très amical et minimaliste. Forte chance que vous aurez à verser votre eau et vin vous-même. N’étant pas un grand consommateur de restaurant AVV, je ne sais pas si c’est la normale, mais si cela ne vous pose pas problème, je ne vois donc pas de problème non plus.
⭐️⭐️⭐️⭐️
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