À mi-chemin entre la Petite-Italie et le Mile-Ex, le Parapluie propose une ambiance familiale, joviale, sans trop se prendre au sérieux… Contrairement aux créations du chef Filteau Boucher — appuyées par un service aplomb piloté par Karelle Voyer — qui, de concert, est plus que du sérieux !

Cette adresse, déjà adoptée par les gens du quartier — et qui fait encore courir les épicuriens constamment à la recherche du dernier restaurant de l’heure —, a tout pour elle.

Elle est située en jonction de deux quartiers dissemblables aussi attrayants l’un de l’autre (mais pas pour les mêmes raisons), bénéficiant ainsi d’une clientèle hétérogène. On le constate d’ailleurs une fois assis : ça fait son charme.

La salle à manger, à aire ouverte, sépare d’un seul bar la cuisine, permettant ainsi la brigade de passer au crible en quelques secondes son audience d’une trentaine de personnes.

Si on passe au menu, dont l’entièreté des items est calligraphiée avec style sur un seul carton, est très révélateur : d’un seul coup d’œil, on peut confirmer la saison et la ville où nous nous trouvons. Asperges, homard, morilles, oseille, rhubarbe… On est bien au printemps. Truite « MTL style », salade Nino, pain de la boulangerie Louise… On est bien à Montréal.

Enfin, même si le Parapluie a été conçu et bricolé par eux-mêmes, avec leur propre budget, tout a bien été pensé. On ne ressent aucun vide, aucune omission… On se sent bel et bien à la maison, tel est le souhait exprimé à la fin du menu : « Bienvenue à la maison ! »

Par chance, on nous a trouvé de la disponibilité au bar à 48h d’avis : « depuis notre ouverture en février dernier, on est plein tous les soirs », me fait savoir Karelle.

Deux places à l’extrême droite du bar, vu directe sur le duo Robin Filteau Boucher et son bras droit Ariane Brien Chicoine ; je n’aurais pas mieux choisi.

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On nous envoie d’emblée un amuse-bouche qui fait dangereusement plaisir en mettant la barre très haute, celle-ci composée d’une croquette de tête fromagée superposée d’un joli coude de homard, le tout déposé sur une émulsion d’estragon. Le cocktail de la maison, aux effluves de thé English Breakfast puis terminé au spray de bergamote, se fait un peu lourd malgré la clarification à base de lait. Une acidité supplémentaire le rendrait à la fois plus vivant et intéressant. Je me réjouis d’avoir aussi opté pour le pétillant naturel espagnol, qui lui, en plus de faire saliver, s’accorde parfaitement avec la petite friture bien gourmande.

Un passage au Parapluie ne serait pas le même sans prendre l’œuf mayonnaise au homard. Quatre éléments travaillés et exécutés parfaitement, pour un plat… Parfait. Une bisque de homard déposée dans le fond de l’assiette, un œuf « 8 minutes » coupé en deux qui se fait terre d’accueil pour l’émulsion à l’estragon et du homard d’abord poché, puis maintenu dans un petit bain chaud de beurre. Le bonheur ! De surcroît avec le pain de la boulangerie voisine, on voudra tout balayer, je vous assure.

Un autre plat spectaculaire que vous voudrez tremper le bout de pain est la truite façon Montréal. D’abord saumurée, puis passée sous la torche à la minute, sa texture fondante est indéniable. Le poisson est pepsépar une garniture rappelant les bagels montréalais : ail frit, graines de sésame, puis déposé sur une sapide sauce au raifort tranchée à l’huile d’aneth. Bravo, chef !

Le constat n’est toutefois pas aussi percutant pour les asperges, avec crème à l’oseille et œufs de saumon. Une création qui me laissera mitigée, pas tout à fait à la hauteur.

De passage devant nous aussi, de beaux pétoncles frais mariés à de la rhubarbe et les petits pois. La carte du minimalisme est encore jouée, sans autant pour déplaire. On aime les tranches épaisses, permettant aux pétoncles de révéler leur côté satiné, fondant et sucré, qui avec l’acidité tranchante du jus de rhubarbe et des morceaux de rhubarbes confites (un peu trop ?), plait grandement. À se questionner la pertinence de la purée de petits pois de début de saison, trop peu sucrés. J’aurais davantage préféré le voir entier en plus grande quantité dans l’assiette, pour la texture.

 

La morille étant un de mes champignons préférés, je ne pouvais passer à côté des gnocchis de ricotta, ragoût de morilles, jus de volaille et parmesan. Bien que ce plat ne demandait aucune description supplémentaire pour faire saliver, le chef glisse rapidement que le jus de volaille est à base d’ailes de poulet. Ceux qui savent, savent que ce sont les meilleurs jus. Encore une fois, une autre preuve que l’équipe ne prend aucun raccourci en cuisine. Je m’empresse de faire la bouchée parfaite. Comble de malheur, l’assiette est complètement gâchée par l’excès de sel. C’est en alternant avec la salade croquante bien vive qu’on peine à terminer la dernière morille, question de principe.

Des deux autres plats goûtés, nous avons préféré les pétoncles avec chou-fleur trois façons et bagna cauda, à l’agneau servi dans son propre jus réduit avec épinards tombés et bette à carde marinée. Ici, c’est une question de goût personnel, puisque l’exécution des deux assiettes était béton.

 

Nous quittons sur un dessert qui fait très bonne figure. La panna cotta au caviar de vanille de Madagascar, crémeuse et filante sur la langue, est absolument exceptionnelle. Oser la servir avec un simple trait de miel non pasteurisé et de pollen l’est encore plus. Ne laissez-vous pas flouer par la simplicité, ce dessert risque de terminer dans mon top 5 de l’année.

 

Nappe blanche, qualité d’exécution digne d’une grande maison… Un cadre qui n’intimide pas, qui nous fait sentir comme à la maison.

Qu’on le veuille ou non, le Parapluie, c’est du sérieux !

 

⭐️⭐️⭐️½/5

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